Fanny de Lanninon

Allons sur le quai Gueydon

Devant le p’tit pont

Chanter la chanson

Le branle-bas de la croisière

Et dans la blanche baleinière

Jean Bouin notre brigadier

Son bonnet cap’lé,

Un peu su’l’coté

Me rappelle mon bâtiment

C’était le bon temps

Celui d’mes 15 ans

 

LeBidel, capitaine d’armes

Et son cahier d’punis

Dans la cayenne f’sait du charme

A je n’sais quelle souris

Mais j’garde au cœur une souffrance

Quand le quartier-maître clairon

Sonnait en haut d’Recouvrance

Aux filles de Lanninon

 

La plus belle de Lanninon

Fanny Kersauzon

M’offrit un pompon

Un pompon de fantaisie

C’était elle ma bonne amie

Elle fréquentait un bistrot

Rempli de mat’lots,

En face du dépôt

Quand je pense à mes plaisirs

J’préfère m’étourdir

Que d’me souvenir

 

Ah Fanny de Recouvrance

J’aimais tes yeux malins

Quand ton geste plein d’élégance

Balançait des marsouins

Je n’étais pas d’la maistrance

Mais j’avais d’l’atout en main

Quand tu v’nais m’voir le dimanche

Sur le Duguay-Trouin

 

A c’t’heure je suis retraité

Maître timonier

Aux Ponts et Chaussées

Je fais le service des phares

Et j’écoute la fanfare

De la mer en son tourment

D’Molesne à Ouessant

Quand souffle le vent

Tonnerre de Brest est tombé

Pas du bon coté

Tout s’est écroulé

 

Dans c’qui reste de Recouvrance

N’logerait pas un « sakko »

Et Fanny d’ma connaissance

Est morte dans son bistrot

J’n’ai plus rien en survivance

Et quand je bois un coup d’trop

Je sais que ma dernière chance

Ce s’ra d’faire mon trou dans l’eau !

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